RÉPÉTER QUE DIEU EST BON NE PREND-IL PAS UNE ALLURE QUÉTAINE?

 

            Nos dévotions aux saints me trouvent sceptique et questionneur.  Je reste froid; ça ne répond pas à ma sensibilité.  Quand je lis: “ Dieu est bon ”, je me dis: “ Bien oui, on le sait.  Mais, à force de le répéter, ça prend une allure quétaine ”.

            Changement de mentalité dans le monde et dans l'Église?  Je crois que cela est évident.  Le langage douillet et intime de notre religion fait contraste avec la dimension cosmique de nos vies.  De même il y a décalage entre les prières du curé le dimanche et une émission sur l'évolution.  On sort d'une routine sclérosée.

            Le P. Rabut, O.P., disait: “ Nous assistons tous à la destruction d'un monde et à l'élaboration d'un autre: l'enjeu spirituel de cette aventure est immense...  Un problème aigu provient aujourd'hui de ce fait: la tonalité chrétienne traditionnelle apparaît solidaire d'un monde dépassé... ”

            Présentez mes excuses à sainte Anne.  Au fond, elle, je l'aime bien...!

***

            Vous vous identifiez comme prêtre, un prêtre d'âge respectable.  Je vous remercie pour votre question et j'admire votre jeunesse de coeur.

            Avec vous, je déplore la sentimentalité religieuse quand elle se replie dans des dévotions coupées du monde et de ses enjeux.  La société évolue de façon ultra-rapide et s'y  multiplient les problèmes qui ne peuvent nous laisser indifférents comme chrétiens.  Les mass media exercent une influence majeure sur la population et nous ne pouvons les  bouder.

            Toujours nous devrons chercher à mieux vivre notre foi en évangélisant, en nous engageant au service de nos frères et soeurs, en nous efforçant de rendre ce monde meilleur.

            J'endosse votre souhait que s'inventent des formes nouvelles de vie chrétienne en notre société contemporaine et je n'oublie pas que beaucoup de saints ont agi en prophètes de leur temps: Paul, Augustin, Grégoire le Grand, Bernard, Catherine de Sienne, Thérèse d'Avila, de nombreux fondateurs et fondatrices.  Il faut dire notre foi de façon crédible.

            Cependant, je ne rejette pas la ritournelle de l'amour ni la dévotion aux saints.  Le souverain pontife revient sans cesse sur le thème de la civilisation de l'amour; il visite les sanctuaires, multiplie les bienheureux et les saints qu'il nous propose comme modèles et protecteurs.  Vision quétaine de la foi?  Accentuer l'amour et l'importance des saints qui sont des premiers de cordée, n'est-ce pas toucher l'essentiel?  Le pape ne néglige pas pour autant les questions de l'heure, ce qui touche à la vie et à la dignité humaine, les manipulations génétiques, les progrès de la technologie, la paix entre les nations.

            Il y a un monde à christianiser.  L'évangile, ferment de vie, s'insère dans la pâte des événements.  Mais l'idéal de l'évangile transcende le monde qui passe.  Tous deux, évangile et monde, ne doivent pas être placés sur le même palier.

            Alors que saint Jean insistait à tout propos sur le besoin d'aimer, certains trouvaient que le vieil apôtre radotait.  L'amour que nous devons avoir pour Dieu et le prochain peut sembler dépassé, mais c'est alors l'évangile qui est dépassé et qui est quétaine.  Je ne crois pas que ce soit vrai.

            La dévotion aux saints et aux saintes fait partie du patrimoine de l'Église.  Cet héritage catholique a survécu à l'iconoclasme du 8e siècle, comme au rejet des frères protestants et aux sarcasmes de Voltaire et des encyclopédistes du 18e siècle.

            Je respecte votre sensibilité religieuse; elle est franche et ne veut pas d'enfantillage.  Mais je respecte aussi la sensibilité des pasteurs de l'Église, le pape et les évêques, qui sont  habilités par l'Esprit pour nous conduire vers Dieu.  Je respecte la sensibilité d'une foule de tous âges qui viennent prier au sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré.  La dévotion aux saintes et aux saints est encouragée par l'Église; ils sont l'évangile vécu.  Ils appartiennent au Corps mystique du Christ dont ils sont des joyaux.

            Les imiter, c'est marcher à la suite du Christ, aimant son Père et s'émerveillant devant la foi des petits.  “ Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l'avoir révélé aux tout-petits ” (Mt 11, 25).

 



| Nouveautés | Sommaire |
| Page principale |