COMMENT EXPLIQUER LA DÉVOTION DES AUTOCHTONES À LA BONNE SAINTE ANNE?

 

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            Nous vivons dans un temps de controverses et, en même temps, d'un dialogue précieux avec nos frères et soeurs autochtones.  Les évêques canadiens ont publié en 1999 un message pastoral aux autochtones catholiques, qui forment presque la moitié des 550 000 autochtones du Canada, pour leur rappeler que leurs traditions sont une richesse de l'Église.  La sainteté fleurit chez eux.  Qui pourrait oublier l'exemple de la bienheureuse Kateri Tekakwita, le lis des Mohawks, décédée en 1680, ou même la vie édifiante de Rose Prince, de la nation Carrier, en Colombie-Britannique, décédée en 1949, à l'âge de 34 ans?   L'Église ne rejette rien de ce qui est bon et saint dans leur culture.  Ainsi en est-il de leur dévotion séculaire envers la bonne sainte Anne.

            Alors que j'anime des Soirées en l'honneur de sainte Anne, je visite plusieurs réserves indiennes.  Partout, je constate que de nombreuses églises sont dédiées à la grande sainte.  Partout nous trouvons une et même plus d'une statue de sainte Anne en place d'honneur, que ce soit à Eskasoni, à Big Cove, à Burnt Church, à Waycobah, à Indian Brook, à Restigouche, à  Red Bank, à Chapel Island, à Membertoo, à Millbrook, à Pictou Landing, à Lennox Island, etc., chez les Micmacs; tout comme à Kingsclear, à Tobique, à Woodstock, chez les Malécites.  Il est émouvant de voir la présence attentive des chefs lors de ces cérémonies, celle d'hommes et de femmes fervents, celle aussi de jeunes gens et de jeunes filles, tout comme d'enfants fort nombreux qui se glissent dans tous les bancs et qui portent fièrement les falots de procession.

            Je sais que la dévotion à sainte Anne est aussi populaire dans le nord et l'ouest du pays, surtout au Lac Sainte-Anne, en Alberta, grâce aux religieux Oblats, aux Jésuites, aux Soeurs de la Charité, etc.

            Chaque année, le dernier dimanche de juin, se célèbre à Sainte-Anne-de-Beaupré le Dimanche des autochtones.  Ils viennent de partout, non seulement les Micmacs et les Malécites, mais aussi les Hurons, les Algonquins, les Montagnais, les Abénaquis, les Attikameks, les Mohawks, les Ojibways, les Cris, etc.  Ils célèbrent le Seigneur dans l'Eucharistie, puis se groupent au pied de la statue de sainte Anne qu'ils vénèrent, participent à la procession aux flambeaux, expriment leur foi par des gestes traditionnels indiens: danse de la purification, danse de la création, etc.  Évêque présent, prêtres, chefs et capitaines, organisateurs et organisatrices, chorale amérindienne, danseurs wendats, se groupent fraternellement pour le banquet de la fête.

            Cette dévotion à sainte Anne remonte au temps des premiers missionnaires,  prêtres diocésains, Récollets, Capucins, Jésuites.  Venus d'Europe, ces apôtres apportaient avec eux un amour profond pour sainte Anne.  Immédiatement, les amérindiens l'ont aimée et vénérée.  En 1610, c'était la conversion du grand chef Membertoo et de la nation micmaque qui sut, malgré tant d'épreuves et en fille aînée de l'Église en Amérique du Nord, demeurer catholique, fidèle au Christ, à l'Église et à sainte Anne.  Dans le reste de la Nouvelle-France, les autres races indiennes agirent de semblable façon.  Certains autochtones ont choisi d'être enterrés à Sainte-Anne-de-Beaupré.

            Aux États-Unis, il en est de même.  Nous n'avons qu'à songer aux Cayugas, de la famille mohawk.  Le père Carheil, S.J., un miraculé de sainte Anne, sut leur inculquer une grande dévotion envers la mère de Marie et grand-mère du Christ.

            Le premier pèlerinage organisé au sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré fut celui de la nation huronne en 1671.  L'aïeule sainte Anne sera toujours aimée par les autochtones qui vénèrent et écoutent les anciens.  Sainte Anne demeure la grand-maman qui conduit à Jésus.

            Écoutons le père Curtis Sappier, jeune prêtre de la réserve malécite de Tobique au Nouveau-Brunswick.  Présidant la messe du Dimanche des autochtones, à Sainte-Anne-de-Beaupré, en 1999, il disait:

            “ Nos ancêtres nous ont toujours dit: 'Respectez vos anciens'.

            C'est là un enseignement que nous vénérons et que nous maintenons parmi les peuples autochtones,

            quand nous prenons le temps 'd'écouter' leurs histoires en prenant une tasse de thé,

            quand nous prenons le temps 'd'apprendre' leurs façons anciennes en jetant nos lignes de pêche,

            quand nous prenons le temps 'd'aimer' alors que nous admirons le soleil levant que nous a donné le Créateur.

            Comme chrétiens, nous devons faire de même et nous rappeler notre ancêtre sainte Anne ”.



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